NATHANAEL LE BRET

SCULPTEUR

Hanté par le passé, hanté par le futur. Faire de l'art pour guérir l'un ou pour prévenir l'autre? Effort vain? La genèse et l'apocalypse ; le commencement et la fin. L'un inaliénable, l'autre inéluctable.
Pourquoi alors pratiquer cet exercice en futilité qu'est l'art? Pourquoi y sacrifier tant de ressources, y perdre son temps, y user son corps, voler son sédiment à la terre pour en pétrifier l'argile par le feu? Pourquoi tant de violences? La réponse est aussi simple qu'elle est tragique pour le sain d'esprit et comique pour le fou: "Car il n'y a pas de choix".

Je n'ai pas choisi les monstres qui ont volé bien trop tôt cette illusion du choix à laquelle on s'accroche tous autant que l'on peut, pour certains jusqu'à la mort, ultime non-choix. Alors, dans ma petite enfance je dessinais pour tenter de m'évader, inventer des mondes qui m'appartiendraient, des mondes de mon choix. Et, banale ironie, c'est de monstres que je peuplais ces mondes. Des monstres simples, des monstres dont la forme traduisait la nature, des monstres anthropomorphes avec des crocs, des griffes, des regards prédateurs. Bref, des monstres qui faisaient sens à un esprit d'enfant. En grandissant, ces monstres perdirent de leur sens, se transformèrent en fantômes et prirent retraite dans mes cauchemars. Plus tard, dans mon adolescence, je découvre l'argile et ce sont des portraits imaginaires qui émergent, des phantasmes. Des formes à essence humaine, inquiétante étrangeté . A l'époque, je me disais que je m'inventais de faux ancêtres, ceux que je n'ai pas connus. Aujourd'hui, avec le temps, du recul et un tout petit peu plus de sagesse, je sais que ce sont toujours des monstres que je représentais, des monstres complexes, communs et vrais. Mais cette fois-ci, les monstres pouvaient exister dans l'espace, je pouvais les toucher, les manipuler, tourner autour, voir ce qu'ils cachent, ou même les briser, si nécessaire, mais surtout m'y confronter.

Qu’il s’agisse d’hier ou d’aujourd’hui, ma pratique artistique est d'abord un acte brut. Lorsque je commence une pièce d’un nouveau projet ou d'une potentielle nouvelle série, le sujet ne préexiste pas à l’ouvrage ou, du moins, pas consciemment. La forme résulte du processus sensoriel et sensuel de la confrontation à la matière avec mes passions gardées subconscientes, il s'agit d'un corps à corps, d'un rapport de forces. En effet, je m'engage avec l'argile selon ses propres lois en tant que “matière molle”( entre le solide et le liquide). Ce n’est que dans un second temps d'observation que le sujet, le sens réel, émerge de la forme et que peut ainsi commencer l'exploration du sujet par le travail en série. Je pousse ainsi l'itération jusqu'à épuisement des passions qui ont engendré l'émergence de la forme et du sens de la première oeuvre. Une fois purgé de ces passions, et souvent longtemps après et après beaucoup d'observation, il devient possible pour mon esprit de commencer à saisir ce qui me demeurait obscur et que le travail de mes mains a exhumé presque malgré moi, montrer ce qui me hante.

En un sens, ma pratique artistique en est restée là. Faire de l'art, pour moi, c'est peupler l'espace et le temps de ce qui me hante. Mais alors, qu'est ce qui me hante aujourd'hui? Tout, ou presque! Mes cauchemars autant que mes rêves, mes inspirations et mes aspirations, le passé et le futur, l'inaliénable et l'inéluctable. Je suis hanté par la folie de mes ancêtres, hanté par le secret et l’oubli, hanté par mon enfance, hanté par l'objectification des humains pour des fins inhumaines, hanté par l'inerte qui s'anime par ingénierie, hanté par les simulacres produits par nos industries, hanté par le déterminisme indifférent de la Nature et de ses lois, hanté par un monde humain qui ne respecterait plus ni la Nature ni ses lois, hanté par les déluges à venir, hanté par la personne qui émergerait en moi de ce monde, hanté par la trace que je laisserais dans ce monde et hanté par le spectre de la disparition.

Si, par le passé, c'était par le monstrueux ou l'inquiétante étrangeté que je travaillais à capte l'attention, ce qui demeure encore aujourd'hui est bel et bien la volonté de forcer le regard à s'attarder, d'obséder. Et qu'est ce qui commande mieux l'attention, crée plus d'obsession que la beauté? Le sublime? Quoi de plus évident? Quoi de plus compliqué? Alors ce n'est pas dans la reproduction superficielle de ses formes qu'il faut oeuvrer mais bien dans la production même des forces qui le génèrent. Si la beauté peut être produite et reproduite, le sublime se manifeste. Il émerge du chaos. Par définition, le chaos ne se calcule pas, il échappe à toutes contorsions de l'esprit, à la pure rationnalité. Le sublime est le phénomène émergeant de l'ensemble incommensurable des forces que l'on nomme "chaos". "Sublimer", alors, c'est se laisser emporter par le chaos jusqu'à la création perceptible de "l'ordre". Et quand bien même cette recherche du sublime serait vouée à l'échec, mon ouvrage en demeurera la tentative.

EXPOSITIONS PERSONNELLES

2026 – Exposition Anthropocène à la .4rtgallery, L’Isle-sur-la-Sorgue
2023 – Exposition Dessins et Matières association L’Encre Délivre à la Galerie Marie de Holmsky, Paris
2022 – THE FLOOD à L’Artisterie, La Charité-sur-Loire
2022 – L’Artistorama – Exposition-vente collective d’une sélections d’oeuvres d’artistes résidents à La Charité-sur-Loire à l’Artistere, La Charité-sur-Loire
2021 – Expo des Cent cinquante à la Villa Radet, Paris
2020 – Exposition Révélation(s) 2020. Anciens élèves du Lycée Maximilien-Vox à la Galerie Marie de Holmsky, Paris
2019 – Remains à NIČ ART, Ljubljana
2019 – Néotènes à l’Atelier Meraki, Paris
2018 – Iconographie à l’Espace T2, Paris
2018 – Exposition « Iconographie 1 » à l’Albatros dans le cadre du festival l’Instant
2017 – Anthropologie à l’Atelier Meraki, Pari

FORMATION

2016 – Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Dijon
2015 – 
License 2 d’Histoire de l’Art et Archéologie à l’université Lumière Lyon 2
2014 – License 1 d’Histoire de l’Art et Archéologie à l’université Lumière Lyon 2,  License 1 d’Anthropologie à l’université Lumière Lyon 2
2013 – Auditeur libre aux cours du jour de l’Ecole du Louvre (Histoire de l’Art et Archéologie), cours magistraux et travaux dirigés devant les oeuvres en musées
2012 – Baccalauréat en Sciences et Techniques de l’Ingénieur en Arts Appliqués

EXPOSITIONS
de NATHANAEL LE BRET
a la 4rtgallery

NATHANEL LE BRET
ANTHROPOCENE
Du 27 février au 15 juin 2026
SOLO SHOW